Julie Celnik est doctorante en géographie à l’Université de Versailles  Saint-Quentin-en-Yvelines

Dans ce chapitre, Julie Celnik présente le biorégionalisme et développe l’exemple de Cascadia, une biorégion américaine.

« Le biorégionalisme est un courant de pensée qui repose sur l’idée d’une réorganisation de la société à l’échelle d’un territoire défini par des frontières naturelles, appelé biorégion. » Né dans les années 1960-70 à San Francisco, ce mouvement a été fortement influencé par la tradition anticonformiste de cette époque. Proche également de l’écologie profonde, le biorégionalisme promeut un modèle de société écocentré, et se pose donc en rupture du modèle occidental et capitaliste, mais également de l’environnementalisme « mainstream ».

Le biorégionalisme se base sur deux principes : le « living-in-place » ou vivre-sur-place implique un mode de vie autonome et autosuffisant, où production et consommation s’envisagent à l’échelle d’un territoire. « Reinhabitation » ou ré-habitation désigne le processus d’adaptation à ce territoire et à son écosystème.

La biorégion de Cascadia est l’un des territoires où le concept de biorégion s’est le plus diffusé au sein de l’imaginaire collectif. On y trouve en effet un hymne, une coupe de football, un parti politique et sécessionniste… Cascadia englobe la Colombie-Britannique (Canada) et les Etats de l’Oregon, de l’Idaho aux Etats-Unis. La biorégion est définie par la région naturelle des Cascades, mais également par une culture commune et par les communautés amérindiennes vivant dans la (bio)région. De ce fait, les « limites » de la biorégion sont souples, et donc distinctes de la notion de frontière politique.

Plusieurs éléments justifient ce sentiment d’appartenance, relativement fort, à un territoire distinct des Etats-Unis et du Canada. Naomi Klein remarque ainsi la forte culture politique de résistance écologique en Cascadia, où la désobéissance civile, le lobbying et les pétitions sont monnaie courante. La journaliste surnomme cette société civile « Blockadia ».

Un autre « mythe fondateur » de Cascadia est le roman Ecotopia, publié en 1975 et qui imagine une utopie écologique prenant place au sein de cette biorégion. L’auteur, Enernest Callenbach, imagine ainsi un territoire défini par des entités politiques autogestionnaires, l’égalité entre hommes et femmes, la quasi-absence de voitures et de produits manufacturés, l’importance des low-techs… Ce roman a longtemps alimenté l’imaginaire des biorégionalistes.

Comment intégrer le concept de biorégion à l’organisation actuelle du monde, dominé notamment par les nations ? La multiplication des « watershed councils » (conseils de bassin-versant) permet d’apporter quelques éléments de réponse. Les « watershed councils » sont des conseils rassemblant des personnes aux intérêts divers (Amérindiens, chasseurs, éleveurs, militants écologistes…) dont l’ambition est de protéger les bassins-versants et les écosystèmes liés à ceux-ci. Les watershed councils sont un mouvement « bottom-up », non-gouvernemental et centré sur la préservation de et l’adaptation à un écosystème, qui intègrent donc les principes phares du biorégionalisme.

Autre élément intéressant, ces conseils sont pleinement intégrés à la vie politique locale et sont financés par les Etats (L’Oregon en finance 90). Pour la directrice du département en charge du financement de ces conseils, l’institutionnalisation de ceux-ci permet de ce fait de « commencer à renverser le modèle de façon informelle ».

Pour retrouver le chapitre:

Celnik, Julie. « Chapitre 5 – La biorégion de Cascadia, territoire de la décroissance », Agnès Sinaï éd., Gouverner la décroissance. Politiques de l’Anthropocène III. Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), 2017, pp. 119-136.

 

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